C'était au matin dans la chambre claire, après les soins. A ma main droite il y avait le téléphone. Je jugeais le moment propice - pourquoi je ne sais, mais c'était l'instant où je pouvais le dire- et j'appelais donc ma mère que je n'avais plus vue ni entendue depuis des jours. Il n'y a rien de plus simple que l'instant des aveux. Et pourtant j'avais redouté de lui faire cette annonce de la nature exacte de ma maladie. Elle avait repris son travail, penchée sur les dossiers, les rapports laissés en attente. Je dis simplement que les résultats de mes analyses étaient connus. Qu'ils étaient sans surprise. Et ce fut tout. Et ce fut calme, calme comme un moment de grâce. Et presque léger, même doux, au delà du poids de la douleur, de la charge de tristesse. Ce doit être cela l'apesanteur. Ou un coeur à coeur.