Mon parachutiste insistait. Elle voulait que je voie le psychologue. Je finis par accepter. Ne pas lui refuser cette politesse. Mais je n'étais aucunement convaincu que la visite du psychologue m'apporterait un mieux être, que non plus je ne voulais. Il faudra parler à un inconnu. Et que lui dire? On le manda, il vint. Il ne devait pas avoir trente ans.
-Alors qu'est-ce qui ne va pas? Vous n'avez pas le moral? Vous vous sentez déprimé?
Ridicule. D'aucuns le seraient à moins. J'ai tout simplement le sida.
-Vous savez... une séroconversion ne signifie pas.... et blablabla.
Il parle. Je n'écoute pas, ça ne m'intéresse pas.
-Il faut que je ressaisisse ma volonté....
-Ça Monsieur, c'est la méthode Coué. Et la méthode Coué, ça ne marche pas!
Je me répète. Plusieurs fois.
-Vous ne vous doutiez de rien? Vous n'aviez jamais pensé à faire un test de dépistage? Vous êtes homosexuel, vous deviez bien avoir conscience d'avoir pris des risques...
Pas du tout, j'étais de la génération plastique, rapports avec latex en Perfecto et rangeos. Le foutre c'était pas mon trip. Il y avait des capotes partout, dans les pharmacies et dans les bars. Mais c'est vrai, j'occultais les brochures de prévention et je zappais les articles qui parlaient du sida. Tout ce que je connaissais du virus, c'était le visage émacié, le regard déjà lointain et lucide de Jean Paul Aron, et La Pudeur ou L'Impudeur, un film autobiographique de Hervé Guibert diffusé le 30 janvier 1992 sur TF1.
-Mais enfin vous habitiez à Paris... vous saviez... vous ne pouviez pas ne pas être informé.
Si hélas. Paradoxalement. L'entretien devenait désagréable. Le psychologue et moi n'avions plus rien à nous dire. Je le priais sèchement de sortir.
Et je partis à la reconquête de ma claire conscience.