Ce fut un après-midi. Pas de visites. Juste la présence de l'infirmière. Et le silence. Je ne sais avec quels autres mots nommer cet état particulier si consubstantiel au corps et à l'inanité. L'expérience peut-être, sur une terre peu solide, de la vacuité. J'éprouvais à ce moment une sorte de difficulté d'être. Rien entendre, rien dire. Ni dormir, ni veiller, fermer les yeux et demeurer immobile dans l'île de ma solitude. Me voyant ainsi l'infirmière prit peur. C'est une jeune femme brune aux cheveux en désordre, musclée, athlétique et sportive. Je sais qu'elle pratique le parachutisme. Mon souffle ainsi qu'il en va dans la méditation, se ralentit. Les appareils dans mes alentours carillonnent. Elle s'affole. Que se passe-t-il?
-Alexandre ouvre les yeux! Ouvre les yeux!
Non. Je n'ouvris pas les yeux et ne dit pas un mot. Elle me prit dans ses bras.
-Ne t'endors pas, ne t'endors pas!
Elle saisit une bouteille à oxygène qu'elle ouvrit à pleine puissance, plaquant sur mon visage un masque de caoutchouc.
-Respires, respires à fond, ne t'en vas pas...
Je comprends alors qu'elle pense que je me laisse mourir. Ce n'était pas cela. J'ai donc ouvert les yeux comme elle me l'a demandé et je l'ai regardée avant de lui dire: "Ne vous inquiétez pas, je sais que je ne je ne pars pas encore. Pas maintenant".
Ce bout de prière, je veux bien le faire: Sois bénie d'entre toutes les femmes, toi qui a voulu me sauver la vie. Il est rare dans une existence qu'on approche de tels êtres.
J'ai désiré conaître son nom. Plus tard je l'ai fait graver dans une alliance en or.