lundi 21 janvier 2008

Mujer al borde de un ataque de nervios

Venue en coup de vent. Au cours d'une pause de midi. La visite au fils malade. L'instinct maternel. Oui, l'instinct irrésistible et l'irrépressible peur au ventre, l'appréhension et l'angoisse. Il eut mieux valu qu'elle les dissimula, mais c'était une chose dont elle n'a jamais été capable. Étrangement je crois que cela même la confortait. Marie José avait les traits tendus et ce regard qu'il ne faudrait jamais monter aux malades comme aux mourants. Qui sait le faire? Elle m'adressa à peine quelques mots furtifs, ne se pencha pas vers moi pour m'embrasser, trop préoccupée, tournant en tous sens dans la chambre aseptisée, cherchait et ne découvrait rien qui ne fut déjà là la veille ou les autres jours. Rien de significatif.
- Où est ton dossier médical?
- Tu ne le trouveras pas, les médecins le remportent après chaque visite.
- Je veux qu'on me le montre!
- On ne te le montrera pas...
- Si à moi on le montrera!
- Non je le leur ai interdit... Et il sont d'ailleurs tenus par le secret médical.
- Le Docteur P. va les appeler alors. Il est connu, il est aussi médecin.
- Je sais et j'ai aussi pris des dispositions à ce sujet: il n'apprendra rien, tout "grand ponte" qu'il soit.
La voix se fait plus ferme, le ton monte. La compassion pour le fiston malade passe au second plan et la colère pointe le bout de son nez.
- Tu n'oses pas faire ça? Je suis quand même ta Mère, j'ai le droit de savoir! Je vais en parler à ton B.
- Je ne te le conseille pas: si tu le fais, je demanderai qu'on t'interdise l'entrée de cette chambre.
- Tu ne feras pas ça?
- Si!
Je l'aurai fait sans l'ombre d'une hésitation, ni le moindre scrupule. Quand vous êtes entre la vie et la mort, vous ne vous encombrez plus de scrupules. L'épuisement laisse peu de place à ces sentiments là. Et sans doute soudain se rendit elle compte que j'étais effectivement exténué. Ces quelques petites minutes avaient accru ma fatigue au point qu'elle fut visible. Marie José prit sur elle, se ressaisît, se calma. Dan son for intérieur elle dut conclure que si je trouvais encore l'énergie d'afficher une insolence effrontée qui est un des traits de mon caractère - et malgré que cela lui déplut et l'offensait - c'était au fond bon signe. Elle se tut un moment.
- Tu as du attraper une maladie tropicale, là-bas en Thailande...
Tiens, elle ne pense plus au Sida... C'est parfait, je gagne un peu de temps. Je l'entends qui tousse.
- Tu as pris froid?
- Ton Père a un début de bronchite, il est au lit.
- La bronchite? Alors ne t'approches pas trop près de moi, il ne faudrait pas qu'en plus j'attrape ça.
Un infirmier venait d'entrer. Elle l'interrogea, il répondit que mon état était stationnaire, que les investigations se poursuivaient, que des prélèvement étaient en cours d'analyse, que l'obtention de leurs résultats nécessiterait plusieurs jours. Qu'en raison de sa toux et de ma fragilité extrême, elle devait suspendre provisoirement ses visites.
Le lendemain elle était alitée aux côté de son époux. Tous les deux avaient de la fièvre. Quand B. quittait l'hôpital, il rentrait à Cap d'Ail et prenait le rôle de garde malade, préparait leurs repas. Un répit. Elle ne vint plus. Et je n'eus pas à réclamer qu'on lui refuse l'accès de ma chambre.