"La mort et les mourants, quelles que puissent être les singularités dont s'entoure leur dernière heure, ne doivent point prêter à des bavardages oiseux ni servir de prétexte aux railleries."
Alexandra David-Néel
in Voyage d'une Parisienne à Lhassa
Éditions Pocket p.159
Lorsque je repris connaissance dans le service de réanimation de l'hôpital de Monaco et que j'ouvris les yeux, toute l'attention dont j'étais encore capable était captée par cette salle dans laquelle j'allais être, durant plus de deux semaines, pour tenter d'échapper à la fin. A cet instant précis je ne songeais à rien. Mon esprit était vide. Neutre. L'Expérience n'avait laissé aucune trace, pas le moindre souvenir. Elle ne m'est revenue en mémoire que bien plus tard, de nombreuses heures après mon réveil. J'ai deviné que cet évènement avait un lien avec ce que l'on appelle mourir. Et, si c'est ce qui se passe au moment de la mort, la mort est notre plus belle aventure.
A quelques membres de ma famille seulement -lors du décès de mon oncle- j'ai tenté de dire cet événement si singulier. Mon récit suscitait une curiosité malsaine, des questions auxquelles je n'avais pas envie de répondre, car elles ne venaient pas du coeur. Ensuite, sauf à Aurélie Nemours, je n'en ai plus parlé à personne. Aujourd'hui, sept ans après, je livre publiquement sur le net ce témoignage très intime.
Ce que vous avez lu, je l'ai vécu. Et comme vous, je me suis posé bien des questions. J'ai réfléchi, j'ai cherché.
Voici ce que je puis dire des NDE (Near Death Experiences) en général et à la lumière de ma propre Expérience.
Aucune hypothèse ne doit être exclue.
Peut-être était-ce tout simplement une hallucination, telle que peuvent les provoquer la soif, le jeûne, une extrême faiblesse physique ou le manque d'oxygène. L'oxygène si nécessaire au fonctionnement normal de notre cerveau... Et en effet j'étais à bout de forces et je ne m'alimentais plus depuis longtemps. Lorsque les pompiers m'ont emmené, je ne parvenais plus non plus à respirer. L'Expérience serait alors simplement ce qui se produit en nous, naturellement, au moment où nous perdons nos énergies vitales. Donc rien qui ait un rapport ni avec le spirituel, ni avec l'au-delà. Finalement la nature n'est pas si mauvaise fille, puisqu'au moment du départ elle vous facilite les choses. Serai-je décédé à cet instant précis, je partais sereinement, dans état même de bonheur intense. Et j'avais dépassé toute souffrance.
Mais certaines substances peuvent aussi provoquer des hallucinations. Celles que l'ont dit narcotiques, notamment les opiacées que l'on utilise pour endormir les douleurs extrêmes, certains médicaments parmi lesquels ceux qui servent à relancer l'activité cardiaque. Et l'oxygène aussi, qui vous shoote bien mieux que le poppers... Et tant d'autres. Vraisemblablement, dans l'ambulance, sinon même déjà sur le parking, m'a-t-on administré quelque "médicamentations". N'ayant pu consulter mon dossier médical je l'ignore. Mais je veux bien admettre le fait que l'Expérience soit uniquement un état de conscience modifié. En somme, un très bon trip! Dans ce cas là, je dirai que la médecine fait ,elle aussi, fort bien les choses. Mais, contrairement à la nature, la médecine ne vous aide pas à mourir. Son objectif est de vous tirer d'affaire coûte que coûte, dut elle le faire avec un acharnement déraisonnable... Inhumain.
Nombre de personnes ayant connu le comma suite à un accident de la route -comme ce fut le cas pour un célèbre journaliste de France Inter dont pour l'instant je ne me rappelle plus le nom- ou ayant été mises en coma artificiel, ont dit avoir conservé certaines perceptions, voire jusqu'à la conscience et on décrit des étals comparables à ceux des personnes qui prétendent avoir vécu des NDE. Comparables à celles ci, mais significativement différentes. L'état qu'elles ont vécu, ayant été beaucoup plus long , ce sont les heures, les jours, les semaines jusque aux mois qui font toute la différence et qui invalident leur témoignage, comme pouvant relever d'une NDE possible. Pas d'imminence.
Un grand nombre des personnes ayant vécu une expérience de mort imminente ont prétendu avoir être mortes et être revenues à la vie. Peut - on censément accorder foi à pareille affirmation? Au pays de Descartes c'est, pour le moins, dur à avaler. La question soulève aussitôt le tollé des sceptiques. Et le bon sens le plus élémentaire voudrait nous faire entendre raison: personne qui soit passé de vie à trépas n'est jamais revenu nous dire s'il y avait quelque-chose après la mort. Un Paradis, une vie après la vie, une autre forme d'existence. Faut - il pour autant et si vite, balayer d'un revers de la main tous ces récits surprenants -et ils sont innombrables- d'expériences de mort imminente et n'y voir que fabulations?
Quelle est donc la nature véritable de ces témoignages et ont-ils une valeur?
Ni pour le scientifique, ni pour le juriste le témoignage ne constitue une preuve. Il est trop fragile et toujours emprunt de subjectivité. En couchant l'Expérience sur le papier, je savais que j'allais considérablement et définitivement l'altérer. Ce qui ne relève pas de la matière même ne peut être dépeint correctement. Les mots les mieux choisis ne font que travestir laidement l'ineffable. L'indescriptible échappe au langage. L'invisible je l'évoque par métaphore.
Les NDE ont motivé de nombreuses études poussées effectuées par des biologistes, physiciens, anthropologues, médecins et théologiens visant à bien comprendre les différents stades d'après vie qu'un mécanisme neuro-chimique ne permet pas d'expliquer en totalité. Je dois préciser n'avoir auparavant rien consulté de cette abondante littérature, le sujet ne m'intéressait pas.
L'ouvrage qui demeure une référence en la matière, est celui du Docteur Raymond Moody, "La Vie après la Vie". Moody propose un shéma-type de la NDE, qui se déroule en près d'une dizaine de phases, qui varient d'un éxpérienceur à l'autre (tous ne subissent pas les mêmes phases, ni dans le même ordre). Personnellement, je n'ai connu qu'un début de NDE. Je n'ai pas eu la sensation d'être projeté hors de mon corps, ni entrevu la blanche lumière dont parlent ceux qui sont allés plus loin. Pour moi l'expérience prit fin avant. Néanmoins elle a ancré en moi l'inébranlable certitude que j'allais demeurer en vie, alors même que les médecins formulaient de grandes réserves sur mon pronostique vital. S'il y a quelque chose d'étrange dans l'Expérience, c'est cela . Et cela c'est aussi la Liberté, la vraie! La plus incroyable et la plus extraordinaire d'entre toutes, celle qui vous affranchit de la peur et vous fait à jamais ne plus redouter ce que le profane appelle la mort...
A suivre... dans un prochain billet.