samedi 30 juin 2007

Bienvenue à bord du TGV

Le trajet me parut interminable. La rue de Reuilly jusqu'à la station de métro et à la gare de Lyon, le quai sans fin, à croire que les voitures de deuxième classe sont délibérément reléguées le plus loin possible. Les voitures de première sont toujours bizarrement les premières, la mienne était en tête de train. Tout à un prix: payer moins cher pour marcher plus. Je me demande comment j'y suis parvenu. Mais enfin je suis installé, content d'être maintenant assis. Dehors il faisait froid. La voiture est bien chauffée. Je prends mes antibiotiques et je bois du thé. L'idée de la bouteille thermos c'était bien. Le paysage défile derrière la vitre, je me sens au fil des heures, beaucoup mieux, presque en forme. Mais terriblement seul, comme toutes les fois où je suis séparé de B.
Je n'ai pas pensé à emporter de la lecture.
Je me distrais avec quelques souvenirs. L'an dernier même date, même horaire, je voyageais avec mon siamois et sa porté de six adorables chatons, tout petits. L'un d'eux a été adopté par une voyante. En retard au rendez vous, j'avais trouvé la dame déambulant dans le couloir de mon immeuble en compagnie d' un homme tenant un pendule. Ils voulaient s'assurer, disaient-ils, qu'il y avait de "bonnes ondes"... Ces sympathiques "doux dingues" m'avaient amusé.
-Votre science m'intéresse Cher Monsieur. Acceptez, je vous prie, de vous livrer à quelque expérience: Je vais vous montrer un objet et vous me direz ce que vous ressentez...
L'objet en question est une poterie exhumée sur le site archéologique de Ban Chiang que j'avais acquise voici quelques années en vente publique. Le radiesthésiste et la voyante étaient très excités, le pendule s'agitait frénétiquement. Mes visiteurs me considéraient d'un oeil inquiet : Le vase, dont ils ignoraient la nature, était, selon eux en lien direct avec la mort. Une mort violente ou la conséquence d'une maladie incurable. Ils hésitaient. Je jubilais.
- Attendez, ce n'est pas fini... J'aimerais à présent que vous touchiez l'intérieur de cet objet... Faites très attention, c'est très fragile! C'est de la terre cuite au soleil... Effleurez délicatement le fond du bout des doigts...
- C'est de la poussière... N'est-ce pas?
-Oui, en quelque sorte... Mais pas exactement... Vous voyez c'est grisâtre... Ce sont des cendres de restes humains. Mais le mort est décédé il y a deux ou trois millénaires. C'est une urne cinéraire préhistorique. Il s'en trouve une autre semblable, plus petite, exposée au Musée Guimet.
J'avais réussi mon coup! La voyante et le radiesthésiste étaient aux anges; elle lui disait qu'il était très fort, qu'il était un grand médium. J'en ris encore et quelque part dans la capitale, un chat siamois ronronne désormais près d'une boule de cristal.
Le TGV entre en gare de Saint-Raphael Valescure. Dans trois quart d'heures je serais arrivé.

vendredi 29 juin 2007

Le départ

22 décembre, sept heures du matin. La veille j'avais empaqueté les cadeaux de B. pour sa famille et il me restait à faire les miens. Ma valise était prête. Oh, je n'emportais pas grand chose, je m'absentais largement moins d'une semaine, juste le temps de satisfaire aux conventions. Le plus lourd ce serait la hotte du Père Noël. Pleine de surprises, toujours bien garnie car j'achète mes cadeaux tout au long de l'année et de préférence au bout du monde. Et pour ma Mère des soieries rares, de cette couleur qu'elle aime tant, le jaune et des bijoux en or pour remplacer ceux que l'impécuniosité l'a conduite à mettre au clou.
Avant de partir B. m'a préparé un thermos de thé pour le voyage; la boisson chaude me fait du bien. Réconfortante un peu, car je ne suis toujours pas remis de cette étrange grippe. Le fameux "traitement de cheval" censé me guérir en quelques jours agit certes, mais lentement, très lentement. Et j'emballe les cadeaux, je m'applique à ce que chacun d'entre eux soit décoré avec grand soin, je tiens à leur donner une petite touche indéfinissable de merveilleux. L'objet le plus commun doit être paré comme s'il était le plus précieux. L'effort outrepassait mes forces: chaque paquet m' épuise, je m'étouffe, entre chaque paquet je dois prendre un temps de pause, me cambrer en arrière sur un coussin, haletant, déglutir une gorgée de thé, reprendre souffle. Recommencer. Pourquoi, comment se peut il que des gestes banaux deviennent presque surhumains?
Il fallait encore aller à la gare, monter dans le train.

vendredi 15 juin 2007

La visite

Il vint rapidement. Ce dut être dans le milieu de la matinée. Journée d'un mois de décembre déjà fort entamé. Les volets étaient à peine ouverts, la pièce un peu sombre. B. était parti au travail. J'étais seul, couché, j'ai quitté mes draps pour lui ouvrir la porte. " Excusez du désordre, mais l'appartement est en travaux". J'avais appelé le médecin car dans une dizaine de jours ce serait Noël et qu'il fallait me rendre, comme d'habitude là-bas ,chez mes parents. Rituel obligé autour de la célébration d'une Nativité qui n'a jamais eu de sens pour eux et qui n'en a plus tellement pour moi. Il est loin le temps où ,comme disait Matzneff dans un de ses journaux , j'allais à l'office "baisouiller" les icônes. Il me fallait être en forme pour cette visite annuelle. Cette corvée me paraissait plus pénible que de coutume...
" Inspirez.. expirez... Toussez... Vous n'avez rien aux poumons. Avec le traitement de cheval que je vais vous prescrire vous serez sur pieds d'ici quatre à cinq jours. Vous pourrez partir sans inquiétude. Bonnes vacances".
On se sent toujours mieux après la visite du docteur, avant même d'avoir pris les médicaments.