vendredi 19 octobre 2007

Un jour mon Prince viendra...

Il y eut la nuit et presque cela uniquement pendant douze jours. Et des nuits sans sommeil et sans rêves. Sans âme. Juste la pesanteur du corps, la difficulté d'être. D'être encore. Je parlais peu. C'est trop dur de parler quand on peut à peine encore respirer. Je pensais beaucoup. Pour m'occuper. A quoi? Vous ne sauriez imaginer les futilités qui viennent à l'esprit dans ces moments là. J'étais aux limites extrêmes de la survie et j'avais des envies de midinette.
Enfant, lorsque nous allions en vacances à Roquebrune Cap-Martin, je ne concevais rien de plus extraordinaire que de pouvoir habiter à Monaco. Au pays des milliardaires, dans une principauté dont la princesse est la plus belle star d'Hollywood. Monaco maintenant j'y étais et pas de deadline pour mon séjour.
Dans ce lit, du même service de réanimation où est décédée Grace Kelly, je ne désirais qu'une seule chose: recevoir de Son Altesse Sérénissime le Prince Héréditaire, une photo dédicacée! Rien que ça... Cent et cent fois dans ma tête, je rédigeais et réécrivais la lettre pour le Palais. Viendrait il seulement le Prince? Non bien sûr Albert ne viendra pas. Pas au chevet d'un malade du sida. Mais il pourrait déléguer son aide de camp... ou un carabinier... ou simplement faire envoyer la photo par la poste. Je recommence encore une fois la lettre et je la recommencerai des heures durant.
Et je me suis dit non, c'est idiot. Je ne l'ai pas écrite.