vendredi 12 octobre 2007

Nati poenas incliti

Je la revois, assise à ma droite. Calme, posée, très contenue. C'était durant l'après-midi. Dans cette salle de réanimation où ne pénétrait pas la lumière du jour, où le jour et la nuit se confondaient dans le temps suspendu. D'abord elle ne dit rien. Et elle parla.
-Veux tu, Alexandre, que l'on prie Jésus? Ensembles tous les deux, toi et moi?
Tiens c'est nouveau ça... Elle se souvient de mon adolescence où je fréquentais, entraîné par Myriam, le Renouveau Charismatique ,où la nuit de Noël il me fallait une messe de minuit, de ces pâques où j'allais à Soligny ... Cela ressemblait si peu à ma mère.
Cinglant ce fut un cri: Non! Ne pas prier! Pas Lui! Qu'Il repose, le Sage, en paix, dans sa tombe à Shrinagar ... Et pas avec elle. Je n'ai pas envie de partager ma douleur. C'est tout ce qui me reste, ma douleur.
Souvent dans ma vie j'ai prié. J'ai pleuré dans les églises, comme à seize ans, quand je fus éconduit par mon premier amour... Et prier c'est quoi? Comme le disent certains textes gnostiques, ce n'est pas interrompre l'hiver. C'est attendre l'été.
Allors prier, non; il est urgent de vivre.