vendredi 14 septembre 2007

Un matin froid dans l'hiver

Il prit le premier avion du matin. Il arriva à l'aube blanche. Une limousine l'attendait sur la piste pour le conduire jusqu'à l'hélicoptère. Le trajet dans les airs entre Nice et Monaco vous offre un spectacle magnifique. L'appareil survole la Baie des Anges, la Rade de Villefranche, le Cap Ferrat puis la Baie des Fourmis, l'immense rocher d'Eze et se pose aux pieds de celui de Monaco. B. a-t-il contemplé le paysage?
Mes parents étaient au rendez-vous et l'attendaient sur le tarmac. Ils ne s'étaient jamais rencontrés. Je les imagine sans peine tels deux pauvres erres désemparés. Assistant à l'arrivée de cet amant, comme s'il s'était agi de celle du Messie. Que se sont-ils dit? Quelles paroles ont-ils échangé dans la tristesse de cet instant là?
Ils allèrent à la voiture et montèrent à l'hôpital.
Je m'étais éveillé. Quelle heure était-il? Je ne sais pas. Très tôt probablement. Les horaires dans un service hospitalier ne sont pas régis selon le rythme de la vie ordinaire. Je découvre mon nouvel environnement. Sans surprise, sans étonnement aucun. Comme si cette salle de réanimation avait été ma chambre depuis longtemps. Mon corps presque nu -on m'a juste enfilé une blouse- est allongé sur un lit, une aiguille de perfusion perce mon bras gauche, un masque à oxygène couvrant le nez et la bouche à été placé sur mon visage. On me nourrit artificiellement. Je suis aussi connecté à divers appareils que je ne vois pas, mais dont à intervalles constants j'entends les sonneries. Elles font écho au carillon des machines reliées aux autres malades dans les salles voisines. La porte est ouverte. Elle le restera toujours. Je n'ai jamais souhaité qu'on la ferme car cet univers sonore m'est agréable. Et je peux voir les allées et venues des médecins, des infirmières et du personnel soignant. Ma curieuse chambre, transparente comme un bocal à poissons, doit être exactement au milieu du service. Elle se trouve juste en face du sas d'entrée. J'observerai tous ceux qui entrent et sortent. Les gens de l'hôpital, les visiteurs -rares- qui se rendent au chevet d'un proche. Je verrai aussi, à deux reprises, partir des lits et leurs occupants pour prendre le chemin de la morgue.
-Vous allez recevoir de la visite.
Dans le sas je distingue la silhouette de ma mère. On lui fait mettre une combinaison aseptisée, des chaussons, un masque, un bonnet. Elle est seule. Mon père a préféré rester dehors. Il lui a demandé de ne pas s'attarder. La visite est courte, à peine vingt toutes petites minutes. "Fais vite, ce n'est pas nous qu'il attend" lui a-t-il dit.
-Mon Chéri, nous avons une surprise pour toi. Il est venu, il est là.
Le voici qui vient et mon coeur comme jamais exulte.
B. me reconnaîtra-t-il ? Reconnaîtra-t-il l'être aimé dans ce pauvre corps décharné, maigre à faire peur. Suis-je encore bien Alexandre et pas seulement un cadavre vivant? Lirais-je l'effroi dans son regard?
Il s'avance, se penche vers mon visage. Mes yeux plongent dans ses yeux. Comme il est beau...
-C'est toi, c'est si merveilleux. Dis moi, m'aimes tu toujours?
-Oui je t'aime.
Ce fut la première fois qu'il me le disait. Je lui demande de prendre ma main.
-Redis le...
-Je t'aime.
Oui. Vous, pouvez croire aux amants magnifiques, de ceux qui traversent le siècle et les continents main dans la main, engagés plus que fidèles.