samedi 15 septembre 2007

Le Messager

Ma toilette était achevée. J'étais propre, j'avais retrouvé une hygiène normale, un peu de bien être à défaut de plus d'allure. Il manquait d'être rasé de frais. On reporterait ça au lendemain, le temps de se procurer un rasoir jetable et de trouver le garçon...
-Il y a une visite pour vous.
Ce n'est pourtant pas l'heure. Beaucoup trop tôt. B. ne vient qu'en fin de matinée.
Mon visiteur entre sans se présenter, sans me saluer. Il est blond, tout de blanc vêtu. C'est un homme jeune, je lui donne moins de trente ans. Je vois à sa physionomie qu'il n'est n'est pas à son aise. Contrarié au point d'en être fâché. Il prend un siège. Nous sommes face à face. Il a les yeux baissés, ne me regarde pas ou regarde le plafond. Puis il parle.
-On m'a chargé de vous apprendre... ce n'aurait d'ailleurs pas dû être moi... je ne comprends pas pourquoi on me l'a demandé... ça ne devrait pas être mon rôle... voilà Monsieur, vous avez le sida!
-Vous voulez dire que je suis séropositif...
-Non dans votre état on ne dit plus d'une personne qu'elle est séropositive. Vous avez le sida.
Me croirez vous ou pas, la nouvelle ne me fit ni chaud, ni froid. Le calme plat, l'indifférence. Comme si la faculté d'éprouver une émotion n'avait en moi jamais existé. Ainsi c'était le sida. Ce mot ne signifiait plus rien du tout.
-Vous allez donc me donner des euphorisants...
-Non Monsieur! Ici nous sommes à l'hôpital!
Le ton est sec. Je crois bien que je viens de commettre une bourde et de perdre le maigre capital de sympathie que pouvait m'octroyer mon interlocuteur. Je voulus néanmoins poser deux questions.
-Combien de temps il me reste à vivre?
-Je l'ignore. Personne ne le sait.
-Je n'ai pas peur de mourir, vous pouvez me parler avec franchise. Inutile de me cacher la vérité. Que disent les médecins?
-Les médecins, Monsieur, ne disent rien: ils soignent!
-Une dernière chose: depuis combien de temps ai-je contracté le virus?
-Il n'est plus possible de le savoir.
L'entretient n'avait été que trop long et ne m'apportait rien. Le moment était venu de prendre congé de mon visiteur et de le délivrer. Il me quittât.
Peu après la venue du Messager, le sida me signifiait qu'il était bien là: le sarcome de Kaposi fit son apparition. Des taches brunâtres ovoïdes, légèrement violacées commençaient à se multiplier sur mes membres, aux bras, aux jambes, plus tard au creux de mon cou.