B. arriva seul. Heureusement. J'aurais aimé lui annoncer une autre nouvelle. Nous nous sommes toujours tout dit, sans rien nous cacher. Il devait continuer d'en être ainsi. Et maintenant comme ce le fut au temps de l'insouciance.
-Je dois te dire que j'ai le sida. On est venu me l'apprendre à l'instant.
-Ça ne fait rien.
Et ce fut tout ce qu'il dit. Il ne dévoilât aucune émotion. Pour que je ne sois pas triste de sa tristesse. J'avais mes mains dans les siennes, on se regardait en silence, les yeux au fond des yeux. J'eus aimé qu'il m'étreigne, me serre contre lui, pose un baiser sur mon front. Mais une marque d'affection trop appuyée aurait ajouté au danger où je me trouvais. Mes défenses s'étaient effondrées. Mon système immunitaire était au point zéro. Le moindre microbe, le plus infime, apporté du monde extérieur, pouvait empirer mon état. Et j'étais aussi victime d'infections pulmonaires peut-être contagieuses...
-B. dis moi encore que tu m'aimes, je n'ai besoin que de cela, de l'entendre.
-Mon Amour.
Ma mère viendra au moment du déjeuner qu'elle ne prendra pas. Pendant sa pause. Elle travaille dans un grand laboratoire de recherche pharmacologique de la Principauté. Habituée à côtoyer des médecins, elle connaît d'éminents scientifiques. Il ne sera guère possible de lui dissimuler bien longtemps l'exacte nature de ma maladie. Mais pour l'heure, je veux qu'elle n'en sache rien. C'est mon secret. Je le lui révélerai in tempore suo. B. me jure de garder le silence. Il faut qu'il sorte. On doit me prodiguer quelques soins, renouveler la perfusion, m'ausculter, m'examiner encore.
Je profite de l'intervalle pour rappeler aux médecins ainsi qu'au personnel infirmier qu'ils sont tenus au secret médical.
-Docteur, ne dites pas à ma mère que j'ai le sida. Elle ne manquera pas de vous poser des questions. Vous savez, elle travaille à T......x. Elle fait partie des cadres, c'est la secrétaire du Docteur P. et vous fera certainement valoir sa qualité pour vous faire quitter votre réserve. Soyez donc crédible, mais le plus évasif possible. J'y tiens absolument.
-Vous comptez ne rien lui dire?
-Si... Mais pas tout de suite... Laissez moi du temps. J'ai besoin de temps...
-Soyez sans souci Monsieur. Votre désir sera respecté. Comptez sur nous. Et pour votre ami?
-Il sait Docteur.