Mon état était sérieux. On ne m'a pas caché que si j'avais encore tardé à me faire hospitaliser, attendu une heure de plus -et vraisemblablement moins encore qu'une heure- je serais mort. J'étais arrivé dans le service de réanimation in extremis, exactement dans les limites ultimes de la survie. Les médecins avaient diagnostiqué un grand nombre de maux, des infections de toute sortes. Je présentais les symptômes de maladies rares, presque oubliées. Et l'on multipliait encore les investigations. Des prélèvements sanguins étaient en cours d'analyse. Les résultat devraient confirmer une hypothèse hautement probable: je serais atteint du sida. Le verdict était imminent et j'en serais aussitôt informé.
-Vous pensez vraiment, Docteur, que j'ai le sida?
Le médecin que j'interrogeais prit de grandes précautions dans la formulation d'une réponse dont il ne voulait pas qu'elle me laissât trop d'illusions. Il était sage que je me prépare à accueillir ce que je redoute tant d'entendre.
B. est revenu me voir. Toujours aimant. Il avait pris un billet open. Il resterait aussi longtemps que les circonstances l'exigeront. J'ai plus de pitié et de chagrin pour lui que je n'en ai à mon égard. C'est un homme exceptionnel et merveilleux. Il méritait un autre compagnon qu'un être infortuné, qu'il faudra soutenir à bras le corps et aimer jusqu'à l'impossible.
- Tu sais, les médecins disent que j'ai peut être le sida... M'aimerais tu encore si j'avais le sida?
-Voyons, ne dis pas de bêtises: tu ne peux pas avoir le sida!
Oui, pourquoi aurais-je la maladie des damnés? J 'ai traversé des années de latex qu'il ne fallait même pas payer. On en trouvait partout, j'en mettais toujours, j'en avais plein les poches et plus qu'il n'en fallait pour mes aventures occasionnelles.