vendredi 21 septembre 2007

De l'oubli, du souvenir et d'une phrase...

Écrire un texte tel que Le Jardin Exotique, c'est au regard de sa propre vie être comme un archéologue. Le passé à disparu dans les strates de la mémoire. On exhume des vestiges, les souvenirs. Certains vous reviennent intacts, avec beaucoup de fraîcheur. D'autres sont pareils à des objets brisés dont il faut réunir peu à peu les fragments épars... Je me relis souvent. Cependant il est rare que je modifie un texte. Mais dans celui où je raconte comment on m'apprit que j'avais le sida, j'avais omis un détail important, la première phrase que j'ai dite à mon interlocuteur. Je vous invite donc à y revenir.
Pourquoi ai-je supposé que l'on allait me donner des euphorisants?
Du temps où j'étais Franc Maçon, Monsieur S. m'avait entraîné dans les "Hauts Grades" du Rite Écossai Ancien et Accepté. Mon vieil ami m'apprit que le Trois Fois Puissant de notre loge de perfection était atteint de la maladie et qu'il n'en aurait plus pour longtemps. C'était un bel homme, avec beaucoup de prestance. Marié et père de famille, il avait quelques faiblesses pour des camionneurs qui avaient la nuit, leurs habitudes sur une grande artère de la capitale. Il se savait condamné et pourtant affichait une étonnante gaieté qui me surprenait. "C'est parce-qu'on leur donne des euphorisants" me dit Monsieur S. Je l'ai cru.
Mais des substances euphorisantes, il n'y en pas tant que cela. Ce sont les drogues. Dures ou douces.
Une demande de drogue. C'est ainsi que mon messager avait interprété ma phrase. Je ne l'ai pas réalisé dans l'instant.
Plus tard je me suis demandé si ces produits illicites n'avaient pas des vertus qu'on se gardait bien de nous révéler. Je me suis renseigné et j'ai lu Du cannabis pour se soigner. Le livre est préfacé par le Docteur Bertrand Lebeau de Médecins du Monde.
A ma sortie d'hôpital j'ai envisagé la possibilité de consommer du cannabis. Je m'en suis même ouvert à mon médecin traitant d'alors. Il fut surpris, hésitât un peu, réfléchit une minute. Il était d'origine marocaine. L'herbe il connaissait; les anciens dans son village en prennent quotidiennement. "Si ça peut vous faire du bien, pourquoi pas.."
Je n'irais peut-être pas au Paradis, mais le bonheur j'y ai droit! En Espagne où elles sont en vente libre, je me suis procuré des graines. Je les ai depuis sept ans, au fond d'un tiroir.
J'ai fréquenté un collectif d'artistes queers. Mes petits camarades étaient tous des usagers du cannabis. C'est vrai, le pétard ça met en joie! Mais il pétaient aussi souvent les plombs les copains!
L'addiction au THC en faisait de parfaits asociaux, au réactions imprévisibles. Leur exemple était édifiant. Non, je ne cuisinerai pas de space cakes...