dimanche 8 juillet 2007

Partir quand même

Ce n'était qu'une chimère avec laquelle je me complaisais. Il serait inéluctable que j'aille à l'hôpital: La maladie devenait exponentielle, chaque jour nouveau me faisait cadeau d'une infection supplémentaire. Être hospitalisé et retrouver l'être aimé, était-ce trop demander? Échapper surtout à l'emprise parentale, à ce couple qui aimait un fils si peu conforme à l'image attendue de leurs désirs. Il devrait bien y avoir un moyen. J'imaginais des stratégies d'évasion. Prendre l'avion., me faire conduire en zone d'embarquement sur une chaise roulante, puisque je ne pouvais plus marcher. Ma mère téléphone à l'aéroport, c'est possible, les personnes handicapées bénéficient d'une assistance. "De quel type de handicap s'agit il?". Question piège, la souricière se referme sur moi. Le médecin est là, pour une dernière visite et me dit qu'aucun commandant de vol, dans mon état, ne prendra le risque de me laisser monter à bord! Je m'entête -ça je sais faire encore- au delà du raisonnable. Raisonner s'avère pour moi d'ailleurs de plus en plus compliqué. A un certain stade d'évolution, aux autres affections, la maladie ajoute la confusion. Je n'écoute pas le médecin. Dans l'après midi mes parents partent faire des courses en prévision du réveillon de la Saint Sylvestre. Une petite demi journée pour agir, réagir et tenter l'impossible: récupérer suffisamment d'énergie pour réussir à marcher.
Je suis assis dans le fauteuil. A main droite la table de style Bidermayer rescapée des saisies d'huissiers ,où la famille prend ses repas. Hardi petit! Rise up! Tenir debout, avancer une jambe, puis l'autre. On continue. Avancer une jambe puis l'autre. Éviter autant que faire se peut de prendre appui sur le dossier des sièges. Faut pas tricher, je dois y arriver. Ce fut long et exténuant. Mais j'ai réussi la performance de faire le tour d'une table dont le plus grand côté mesure à peine un mètre trente! Mais qu'est-ce que j'ai pu être con! A leur retour, j'annonce fièrement l'exploit à mes parents.
-C'est bien Mon Chéri.
Je vais pouvoir prendre l'avion...