La mezzanine de l'atelier de mon Père fait fonction de chambre. Ils y ont placé mon lit, ma table de chevet et mon secrétaire où j'ai laissé quelques cahiers, des journaux intimes de mon adolescence. C'est haut de plafond et il y a de grandes baies vitrées. En hiver il fait un froid glacial. Impossible de chauffer un tel volume. Généralement je m'en accommode. Mais là c'est hors de question. Je dormirai à l'étage, dans le living sur le canapé clic-clac. Depuis mon dernier passage les murs ont été peints couleur saumon. J'aurai une vue imprenable sur le téléviseur. J'entendrai mille questions pour un couillon, ma Mère imaginera gagner du pognon et nous passerons de sacrées soirées. A la maison Jean-Pierre a toujours le dernier mot! Et l'on ne m'épargnera personne... Les huissiers ont beau saisir régulièrement la télé, elle réapparaît toujours. Je hais le petit écran familial.
Voilà le lit est fait. Je me déshabille, j'enfile une chemise de nuit vintage comme ont dit de nos jours. Une cotonnade épaisse, trouvée dans une malle au grenier de la maison de mon enfance. Gabriele d'Annunzio en possédait une semblable. J'aime ce vêtement de nuit d'un autre siècle.
La sensation de mieux momentanément éprouvée dans le train m'a quittée. La fièvre me consume. Non, je ne veux pas dîner. M'allonger et que vienne la nuit. Atteindre l'endormissement pour oublier le temps du sommeil que je ne me suis jamais senti aussi mal.