jeudi 12 juillet 2007

L' Année du Dragon

Le bug de l'an 2000 ne se produisit point. SFR lança son "Forfait Millenium" illimité et Bill Gates préparait un nouveau système d'exploitation. A Rome ce 1er janvier, Sa Sainteté le Pape Jean-Paul II célébrait une messe en la Solennité de la Très Sainte Mère de Dieu et à la Basilique Sainte Marie Majeure sur l'Esquilin, le Souverain Pontife ouvrit la Porta Sancta. A tous les hommes de bonne volonté serait accordée l'indulgence plénière. Les Cieux s'ouvriront un temps et Dieu répandra largement sa Grâce sur le monde. Nous irons tous au Paradis précédés des prostituées.
Et moi je me sentais mal. Mon état général se dégradait d'heure en heure.
Au soir, ça ne vas plus. Prévenir un docteur absolument. Mais un premier de l'an comme celui-ci, personne ne répond. Appeler SOS Médecins . Ils sont débordés. Sur les Alpes-Maritimes, plus un seul toubib disponible. "Quels sont les symptômes?". Articuler une phrase cohérente, même un mot, est impossible. "Nous vous mettons en liste d'attente. Donnez votre numéro de téléphone". C'est quoi? Un cauchemar? Ma vision se trouble.
Mon Amour. B. je veux qu'il vienne... S'il vient on appellera les pompiers. Marie-Josée se jette sur le Minitel: Air France, horaires Paris-Nice, réservations.
- Allô? B. il faut que vous veniez immédiatement, il vous réclame, il est au plus mal. Prenez le premier vol, nous vous attendrons à l'héliport de Fontvielle.
Ma Mère raccroche et crie: "Alexandre, il arrive!" . C'est bien. Les pompiers peuvent venir. Mais vite, très vite! Je suffoque, j'étouffe. Tenir encore, encore un tout petit peu, lutter. Le sablier est presque vide.
Ils ne tardèrent pas. On me plaqua un masque à oxygène sur le visage, mon corps fut mis sur une civière, enveloppé d'une couverture isotherme. On me sangla. Il fallait descendre sur deux niveaux l'étroit escalier en colimaçon, traverser le terrain de jeux, gravir encore quelques marches jusqu'au parking où stationnait le fourgon sanitaire. Je me suis très lentement laissé glisser dans l'inconscience. Le médecin urgentiste, blouse blanche, petites lunettes rondes cerclées de métal, attendait à côté du véhicule. Un pompier m'aurait secoué et giflé et parait il posé cette question: "Est-ce que tu te drogues, réponds, dis est-ce que tu te drogues?". J'aurais répondu non. Vers quel hôpital me transporter? Nice? Trop loin. Celui de Menton n'est peut-être pas suffisamment équipé pour les cas gravissimes et de toute façon trop loin aussi, il y a toute la Principauté à traverser et la très longue commune de Roquebrune. Le plus proche c'est Monaco. En route! Le camion rouge disparut dans la nuit.