jeudi 5 juillet 2007

Huis clos

La nuit ne m' a pas laissé de répit. Je n'ai cessé d'avoir froid, de grelotter, de tousser et j'étais brûlant de fièvre. Les antibiotiques que je prends depuis maintenant plus d'une semaine sont strictement inopérants. J'ai largement dépassé la posologie prescrite. Et les tablettes sont vides. Mon état se dégrade alors qu'il devrait y avoir une amélioration. Le médecin consulté à Paris n'a pas établi le bon diagnostique. Pourtant il semblait si sûr de lui et rassurant. Il faudrait, se lever, déjeuner, se laver, se raser, se vêtir... Non je vais rester au lit. Fatigue, lassitude. Ma Mère décroche le téléphone et appelle un généraliste du voisinage. Ils ne le connaissent pas; le médecin de famille de mes parents, une jeune femme, s'est donné la mort l'an dernier. Suicide par défenestration.
Le docteur arrive sur les coups de onze heures. Un homme dans la quarantaine, élégant costume gris, mallette noire. Je dois m'asseoir. Auscultation, stéthoscope., tensiomètre.. "Tirez la langue". Mes parents se sont discrètement retirés dans leur chambre. Un huis clos
- Votre état est très sérieux. Ce n'est pas la grippe. Cela ressemble tout à fait à une pneumonie. Ça dure depuis combien de temps? Vos parois buccales sont aussi envahies d'un champignon. Nous sommes seuls et je suis lié par le secret médical. Qu'avez vous? Vous pouvez me parler en toute confiance. Je ne dirai rien à vos parents. Vous vivez à Paris?
Que voulait il entendre que j'étais censé savoir et que j'ignorais?
- Je n'ai rien à dire Docteur.
- Monsieur, vous seriez mieux à l'hôpital.
Non. L'hôpital c'est hors de question. Ici je serais leur otage. Ni mon Père, ni ma Mère n'ont accepté que leurs fils soit homosexuel. Et surtout pas mon Père qui n'admet pas que je vive avec un homme. B. dont pourtant je partage l'existence depuis plus de dix-huit ans, sera certainement persona non grata... Ils ne lui demanderont jamais de venir. Le seul être auquel je tienne dans ma vie, comptera probablement moins qu'un étranger.
- Pourquoi refusez vous, Monsieur, l'hospitalisation?
- C'est que j'ai mes raisons Docteur...
- Je vais vous faire une ordonnance pour les médicaments les plus puisant qu'un médecin de ville est autorisé à prescrire. Au delà ce sont des injections qui ne sont dispensées qu'en milieu hospitalier. On ne les obtient pas en pharmacie. Vous prendrez aussi quelque chose pour ce champignon. C'est à garder en bouche durant un quart d'heure, au moins, avant de vous endormir et vous devrez l'avaler. N'hésitez pas à me rappeler, je suis inquiet pour vous.
- Au revoir Docteur. Merci de votre visite.
- Vous ne voulez toujours rien me dire?
- Vous dire quoi?
Il prit congé, dit quelques mots à mes parents que je n'entendis point.
Mon Père se rendit chez la pharmacienne. Je décidais de me lever et de m'habiller.