22 décembre, sept heures du matin. La veille j'avais empaqueté les cadeaux de B. pour sa famille et il me restait à faire les miens. Ma valise était prête. Oh, je n'emportais pas grand chose, je m'absentais largement moins d'une semaine, juste le temps de satisfaire aux conventions. Le plus lourd ce serait la hotte du Père Noël. Pleine de surprises, toujours bien garnie car j'achète mes cadeaux tout au long de l'année et de préférence au bout du monde. Et pour ma Mère des soieries rares, de cette couleur qu'elle aime tant, le jaune et des bijoux en or pour remplacer ceux que l'impécuniosité l'a conduite à mettre au clou.
Avant de partir B. m'a préparé un thermos de thé pour le voyage; la boisson chaude me fait du bien. Réconfortante un peu, car je ne suis toujours pas remis de cette étrange grippe. Le fameux "traitement de cheval" censé me guérir en quelques jours agit certes, mais lentement, très lentement. Et j'emballe les cadeaux, je m'applique à ce que chacun d'entre eux soit décoré avec grand soin, je tiens à leur donner une petite touche indéfinissable de merveilleux. L'objet le plus commun doit être paré comme s'il était le plus précieux. L'effort outrepassait mes forces: chaque paquet m' épuise, je m'étouffe, entre chaque paquet je dois prendre un temps de pause, me cambrer en arrière sur un coussin, haletant, déglutir une gorgée de thé, reprendre souffle. Recommencer. Pourquoi, comment se peut il que des gestes banaux deviennent presque surhumains?
Il fallait encore aller à la gare, monter dans le train.