mercredi 4 avril 2007

La dernière Tenue: vestition

Octobre. C'est le deuxième mardi du mois, le jour de la Tenue de ma loge maçonnique. J'avais manqué celle de la rentrée, le mois dernier j'étais encore en Asie.
Yes! I am free masson, dans une obédience régulière.
Mes parents l'avaient déjà été. D' une certaine manière, j'ai suivi leurs traces et réglé mon pas sur le leur. Mais en fait, je dus ma vocation au charisme de celui qui fut mon parrain, éminent spécialiste de René Guénon et dont je suivais les cours à l' EPHE. Chaque fois que j'entends Die Zauberflôte de Mozart, la fameuse aria "Isis und Osiris" me fait penser à lui que, je ne sais pourquoi, j'identifie au sage Zarastro.
J'ai fréquenté les loges pendant une quinzaine d'années, croisé et connu beaucoup de Maçons. Des hommes qui cachent des mains sales sous des gants blancs, des hommes aux mains rouges de sang, et des hommes aux mains aussi pures et sans taches que l'est leur coeur...
Parmi les Frères l'on passe de bons moments, mais il y a aussi de longs quarts d'heure. Et pour être sincère, je m'y suis souvent ennuyé. Alors pour tromper l'ennui, j'ai pris due l'altitude, un certain recul et venais en loge comme on se rend au théâtre. Car là, comme partout ailleurs dans la vie, les hommes s'offrent en spectacle. Ne représentant d'intérêt matériel pour personne, nul n'avait besoin de me flatter ou de me gratifier. J'étais libre. Aussi, n'ai-je en Maçonnerie eu d'autre poste que celui d'observateur. Mes yeux et mes oreilles étaient grands ouverts. A l'affût. Nul ne s'est aperçu de mon indiscrétion effrontée, tout simplement parce que je ne la dissimulais aucunement. Les gens se confessent rarement et n'avouent jamais, seulement ils parlent beaucoup. Pour savoir il n'est que d'écouter. Jeu de patience, art subtil de ne jamais interrompre la conversation ou couper la parole. Celui qui se sait écouté avec attention se livre d'autant plus et mieux qu'il se croit être l'objet d'une grande considération. Ce qui n'est pas tout à fait inexact et profite toujours à ceux qui le flattent.
Habit sombre, col et gants blancs de rigueur, mentionne la convocation. Je me vêts donc comme il convient pour les grands soirs. Chemise à col cassé et poignets "mousquetaires", noeud papillon de soie grège de chez Dior. J'enfile ce coûteux pantalon griffé Yves Saint-Laurent que B. m'a offert, un blazer dark blue taillé sur mesure, où sur la doublure sont brodées, en lettres anglaises, mes initiales, A.E.B. So chic! . Dans une mallette de cuir noir, j'emporte mes décors. Je me parfume: "Pour un homme" de chez Caron. La flagrance que portait un amoureux de mes vingt ans.