vendredi 28 novembre 2008

Voyage au bout de la nuit

La vie est un voyage et une bataille. Dans la nuit et dans l'hiver. Toute vie est histoire et point d'histoire sans géographie; l'existence requiert un paysage. Le jour est venu tout d'un coup lorsque l'infirmière leva le volet. On ne m'avait pas menti: je demeurais muet devant le panorama qui dans la fenêtre s'offrait à ma vue. Au delà du grand cèdre il y avait une falaise immense ensauvagée de végétation, que sillonnait un étroit sentier avec des balustres dans le goût des années folles, d'élégants belvédères en rocaille dominant l'aplomb, hérissée d'une foret centenaire de cactées géantes aux formes extravagantes. Je reconnus le Jardin Exotique de Monaco. Me revinrent en mémoire les souvenirs vacanciers de la lointaine enfance où j'avais honte d'être nu sous un petit boxer jaune moulant, en tissu éponge assorti au maillot de corps. La réminiscence de cette pudeur enfantine à laquelle les parents portent peu d'attention dissipa mon chagrin de la veille et me fit l'espace d'un instant, oublier l'insoutenable pesanteur de l'être. Je reçus comme à l'accoutumée la visite de l'équipe de radiologie mobile, bus du thé de Darjeeling et l'on fit ma toilette.

jeudi 27 novembre 2008

Treizième jour

Il y eut un matin, il y eut un soir. Ce fut de treizième jour. Et vint la nuit. J'ai lu, relu, tant et tant de fois dans le בראשית le récit de la Création. Et je n'ai pas vu que Dieu créa la nuit. Pourtant quel que soit le lieu où l'on se trouve, la nuit a lieu. Nuit du doute, nuit du destin, nuit intérieure. J'avais vécu près de deux semaines hors de la conscience du temps chronologique, jamais seul, mais là, sans motif je ressentis un abandon. Pourquoi m'a-t-on mis, relégué dans cette chambre? Et j'ai pleuré des heures durant. Cette chambre où j'étais venu joyeux était elle le pont du dernier port? Dans ce lit personne ne s'éveillera jamais à mes côtés. Si j'étais là c'est que l'on ne pouvait plus rien ou plus grand chose... Il faut donc que je me résigne à partir. J'ai eu une belle vie, surtout un grand amour. On ne devrait jamais aimer, c'est trop de douleur. Comment te dire adieu? Je n'ai pas le courage qui donne le courage.

lundi 6 octobre 2008

Dans ma chambre

Ils étaient tous au rendez-vous. Au grand complet. Les médecins, les infirmières, les aides soignantes. Assez émus, surtout mon parachutiste.
-C'est promis, vous viendrez me voir?
-Oui c'est promis, je viendrai.

Ils paraissent heureux; pour eux c'est mission accomplie. D'autres que ces héros à la frontière de la vie, vont prendre le relais. Mon équipage attendait. Dans quelques instant je serais transféré au service de pneumologie où un lit avait été préparé. Au deuxième étage. Encouragements, voeux, dernières salutations, il faut partir
. Tout est en place, la potence avec la poche à perfusion, la grande enveloppe brune avec mon dossier médical, une bouteille d'oxygène pour la route.
-On n'a rien oublié? Où est mon transistor Sony? Est-ce qu'il y a assez d'oxygène dans la bouteille? Elle parait légère...

Je quitte cet univers hightech sophistiqué, totalement aseptisé où l'étranger n'entre que vêtu d'une combinaison presque de spationaute. B. me tient la main. J'éprouve un semblant de gaieté.

L' Hôpital Princesse Grâce n'y ressemble pas, mais c'est un peu un château , avec d'interminables couloirs et son réseau souterrain reliant les bâtiments les uns aux autres, si vaste qu'il ferait croire une à une Ligne Maginot tant il y a de galeries glacées, éclairées de néons blafards et de virages à angle droit et tant de silence qu'on imagine qu'il n'y vient jamais une âme. Les rouleurs vont d'un bon pas. Mais plus vite, plus vite, il me semble que l'oxygène commence à manquer dans la bouteille. Pourquoi n'en ont-ils pas donné une neuve à la réa?
Il faut économiser le souffle. L'expérience de l'altitude en sous-sol.
Le chariot parvient enfin à l'ascenseur et nous voici à l'entrée du service de pneumologie. La plupart des patients ont laissé les portes de leurs chambres ouvertes. On entend des télévisions, les bribes d'une conversation, les râles d'un homme qui souffre. On entraperçoit allongés, des vieillards chassieux. Qui vivent le dernier naufrage. Je ne veux pas les regarder, moi qui ne sais pas si je vieillirais. Leur âge m'est une offense. Un infirmier nous conduit vers la chambre.
Ma chambre. Il m'est si singulier d'imaginer cela, posséder une chambre à soi. Puisé je prétendre vraiment en avoir jamais eu une? A Paris nous campons dans un chantier, un appartement sans séparations. Aucune cloison, aucun espace assigné à une fonction bien définie. Enfant pas de chambre non plus. Je couchais dans celle de ma grand-mère où sans le savoir, je dormais dans le lit d'un mort. Et je jouais, comme si cela aussi était normal, dans la salle à manger. Ce ne fut que vers mes treize ans, à la faveur d'un petit camarde qu'ils durent héberger quelques semaines, que mes parents improvisèrent une chambre du fils, juste pour donner le change à ces voisins qui n'auraient pas compris. C'était trop nouveau pour moi. Je l'ai occupée ensuite comme un squatt , sans attachement. Il allait en être ainsi pour tous les lieux où je résiderai.
A-t-on vue sur mer?

-Non Monsieur; on ne voit pas la mer
de ce côté ci. Mais le paysage est plaisant et vous disposez d'une chambre particlière.
Dommage. J'aurai bien aimé pouvoir regarder la mer. J'aime les horizons infinis des grands espaces. Il est plus agréable et moins dangereux de s'y perdre, que de s'égarer dans le flux de ses pensées.
La chambre, mienne désormais, est simple. Claire. Pas de ce blanc défraîchi et sordide auquel je pouvais m'attendre. Il y a un cabinet de toilette à droite en entrant. Où je n'irai pas avant longtemps. Quelques meubles assez neufs, un réfrigérateur, le téléphone, un poste de télévision. Le lit est placé face à un mur où par bonheur on n'a rien accroché. Il suffit de peu pour se figurer être à l'hôtel. Ce que j'aime. Pour le petit déjeuner au lit et le room service, pas de supplément.
On me soulève avec autant de précautions que si j'étais la momie de Ramses II. Je suis dans mon nouveau lit. Matelas à eau. On branche l'oxygène sur le réseau. On met à mon index gauche une sorte de pince à linge reliée à un appareil extraordinaire que je peux observer. La machine indique tout: la température, le rythme cardiaque, le rythme respiratoire, le taux d'oxygénation de mon sang. L'infirmier se présente.
-Bonjour Monsieur. Je m'appelle Sébastien, je suis de service de jour. Si vous avez besoin d'aide ou de quoi que ce soit n'hésitez pas à appuyer sur ce bouton.

Sébastien est très jeune: vingt ans ou guère plus. Blond comme le champagne, plutôt mignon, hétéro. C'est son premier emploi, il vient de terminer l'école d'infirmier. Il parle d'une voix forte. J'ai peut-être l'âge d'être son père, mais pas celui de son grand-père.

-Sébastien... Je ne suis pas sourd. Vous pouvez vous exprimer normalement.

-Excusez moi... L'habitude, vous savez.. Je vous laisse la porte ouverte.

Surtout pas ça. Je veux être étranger au monde. Oublier les autres. Tout ignorer de leur misère.
B. et moi demeurons seuls. Sans rien nous dire. Le jour commence de décliner. Dans la lumière rose, je distingue par la fenêtre, la ramure du faîte d'un grand conifère, un majestueux cèdre du Liban où des oiseaux viennent s'abriter pour attendre la nuit.

Entre l'un des médecins du service. Je dois me redresser, m'asseoir, enlever ma blouse qui couvre si pauvrement et si peu ma nudité. A en juger ses tempes grisonnantes, l'homme doit avoir la cinquantaine. Peau mate, teint hâlé, une légère moustache noire Il prend son stéthoscope, me retire le masque.
-Respirez!

J'étouffe. Et je tousse. C'est affreux.

-Remettez l'oxygène!

-Mais enfin je dois vous ausculter, je suis votre médecin!
Respirez!
Il a le geste brusque. Je me débats.
-Le masque, rendez moi le masque!

Il me le rendit. Je ne cessais pas de tousser. Il sortit, passablement agacé, sans m'avoir même dit son nom, sans un mot que cet "à demain" qui avait brisé ma joie d'avoir quitté la réanimation. Vint l'heure du dîner. Il fallait aussi que je m'habitue à manger comme tout le monde, en même temps que tout le monde. A dix-huit heures. B. resta encore un long moment, jusqu'à mon coucher. Puis il y eut la nuit. Une infirmière baissa complètement le rideau.

vendredi 3 octobre 2008

KT en abrégé

Mon avant bras gauche était devenu identique à celui d'un junkie. Les prises de sang quotidiennes, les renouvellements de la perfusion avaient sérieusement détérioré mes veines. Sur la peau livide, par dizaines, des petits trous et leur cicatrices auréolées d'hématomes. Il devint urgent de me placer un cathéter long. L'intervention, m'assure le médecin chef, serait brève, moins d'une dizaine de minutes, non douloureuse. Je n'ai qu'une idée très abstraite et fort vague de cet objet. Conceptuelle. Ce sera la surprise. Et qu'importe même si je dois ressentir de la douleur. C'est quelque chose de nouveau, d'inconnu. Une distraction dans la durée des jours infinis.
Quand le séjour se prolonge, l'hôpital devient l'empire des mots, des mots que vous n'aviez jamais entendus désignant autant d'objets, de matières et de de substances que vous n'avez jamais supposé exister et maintenant soudain dans vos entourages, comme s'ils y avaient toujours appartenu. Votre monde se rétrécit, l'essentiel devient cette pilule bleue ou blanche. Cet oxygène aussi, qui entre dans vos poumons et n'est plus simplement un des éléments de la table de Mendeleïv qui avait meublé l'ennui de vos cours de physique-chimie en terminale. Désormais vous en connaissez la fraîcheur et presque le goût. Ils sont plus importants que son numéro atomique.
Le médecin qui devait me poser ce cathéter vint dans l'après midi. J'en garde un souvenir curieux, comme s'il s'était agît d'un visiteur surgit à l'improviste. Blagueur et boute-en-train.
-Mais ma parole, chaque fois que je vous vois, vous êtres en train de manger! Vous mangez tout le temps!
Oui, ce n'était pas vraiment l'heure du déjeuner. Mes repas c'était n'importe quand, quand ça me chantait, parfois à trois heures du matin. So chic! So snobbish!
J'étais tout absorbé à ma nourriture. Il faut dire que l'exercice était inimaginablement compliqué. Le masque loin de faciliter les choses. Quand je le relevais, ne fut-ce que quelques secondes, c'était une immense bouffée de vide; l'air me manquait comme à la carpe sortie de l'eau. La répétition du geste amplifiait ma fatigue. Qu'il était lent de manger.
- On y va! Donnez votre bras! Bien tendu... Voilà... On ne se crispe pas! Ce ne sera pas long.
Pas long? Le cathéter mesure à vue bien une bonne vingtaine de centimètres. C'est un bel objet. Fin comme une aiguille à brider, mais souple singulièrement. Je regarde de tous mes yeux.
Le médecin est un homme grand, brun, porte une barbe courte admirablement taillée. Il n'est pas vraiment mon genre, mais je le trouve beau et sympathique. Il est urgentiste.
Je n'ai rien senti.
-C'est qu'on est des pros, nous les urgentistes. Pas vrai?
-Merci docteur.
-On ne se reverra plus. Dans deux jours vous serez en d'autres mains. Vous quittez la réa .C'est une bonne nouvelle non?

mardi 16 septembre 2008

La greffe de la faim

Être en réanimation c'est ne connaître ni l'aurore, ni le couchant. Rien de la course du soleil. La maladie est lourdeur et pesanteur, sa conscience presque en apesanteur. La lourdeur de son corps en cet ultime, offre une idée des derniers instants lorsqu'ils surviendront. Cette sensation toute mentale de s'enfoncer, prémices de l'ensevelissement. Il devait être quatre heures du matin peut-être et je tentais de saisir sans l'atteindre cette bouteille de sérum physiologique qui m'avait été donnée pour laver ma bouche et ma gorge de la pâte jaunâtre qu'y déposait tels ses excréments un champignon parasite. Je requiers l'infirmière de garde.
-Ne le faites pas, il n'est pas encore temps.
Ce n'était qu'une suggestion pourtant. Le bain de bouche fut un petit confort dans la tourmente de l'éveil, même s'il était contraire à la chimie de la muqueuse buccale. Et ce liquide m'était nécessaire comme pour saisir l'espoir que le mal s'en irait un jour.
Jouir des saveurs ordinaires, l'acidulé, l'amer, l'acre, le sucré, le salé. Ces sensations de plaisir ignorées depuis des semaines de jeûne. Mon parachutiste me proposa de manger, alors même que j'ignorais la faim. Ce n'était pas encore la volonté retrouvée, mais un effort de survivance: j'acceptais l'idée qu'un plateau repas me fut servi. Il viendrait à l'heure que j'aurai choisie. La plus incongrue certainement, tardive. L'heure espagnole.
On apporta une table et l'on redressa mon lit. J'inspectais quelques minutes cette collation qu'en d'autres occasions j'eus dédaigné. C'était comme dans les cantines scolaires ou dans un avion classe économique. Minimal. Composition: carottes râpées sans assaisonnement, purée mousseline, jambon, yaourt maigre. Je fis un festin de l'assiette de carottes.
Les carottes crues.
Enfant j'en déterrais dans le potager familial, je les passais sous le jet d'un tuyau d'arrosage et les croquais avec le plaisir d'un lapereau. Ma "Madeleine de Proust". Rustique, croquant, parfum léger, un goût comme celui des oranges d'hiver.
Je me délectais. Je me promis d'honorer désormais davantage l'autenticité des choses simples.

lundi 31 mars 2008

To flirt with corpses


B. est venu m'offrir une petite radio. Un joli modèle Sony, couleur métal, pas plus grand que la main. Comme ça quand il devra retourner à Paris, je pourrais écouter les émissions qu'il écoute, la voix de Philippe Meyer et de Patricia Martin et nous resterons ensembles. Fin d'après midi, j'allume le poste, sur France Inter c'est l'heure de Là bas si j'y suis. J'ai manqué le début. Le sujet est plus qu' insolite, des personnes interviewées au hasard, racontent leur première rencontre avec la mort. Oui, ça fait quoi, la toute première fois, quand on voit la mort, un cadavre? Ma chambre est dans la pénombre et je suis captivé... Un conducteur de la RATP parle d'un homme qui s'est jeté sur les rails du métro: "Quand je suis arrivé au terminus j'avais faim, donc je ne sais pas si c'est le fait d'avoir vu du foie et des boyaux, mais ça m'avait donné faim et pourtant c'était six heures le matin. Ce que je trouve dommage, c'est que les gens sautent comme ça dans le métro et ils emmerdent tout le monde quoi, en fin de compte. (...) On achète sa mort pour un ticket de métro. Ou une carte orange. C'est vraiment pas cher. Mourir pour huit francs, c'est quand même pas cher, hein?". Il y a des saisons pour le suicide: printemps les hommes, automne les femmes.
-Qu'est ce que vous écoutez? Arrêtez!
Une moue sur sa bouche, de l'angoisse dans les yeux de l'infirmière, mon parachutiste ne veut pas que j'entende cela, c'est morbide. Non, je ne souhaite pas mettre de la musique. C'est peut être malsain, mais ça m'intéresse. Et je n'éprouve aucune tristesse, aucune affliction. Rien. Pour moi, la mort c'est positif. Violent comme la naissance.
La première fois que j'ai vu un cadavre, c'était sur le parvis de Notre-Dame de Paris, entre midi et deux. J'avais vingt ans. Je sortais de la cathédrale, j'entendis un bruit de pierres et un son comparable à aucun autre. Je me retournais et vis à vingt centimètres de mes talons un corps étendu, il n'y avait pas même un filet de sang. Et je me souviens de cette réflexion d'une passante: "C'est honteux! Faire ça dans une église!" disait-elle. Péché mortel évidemment. Les désespérés n'ont pas le moindre sens moral... J'ai pris la fuite, me suis précipité dans un café et ai commandé un Cognac.
La seconde fois, ce fut chez les Dominicains, au Couvent de l'Annonciation , où j'habitais alors. Un Père venait de décéder. En fait je ne savais pas à quoi ressemblait le visage d'un cadavre. En Alsace, dans mon enfance, il était encore de tradition de rendre visite aux défunts, mais mes parents n'ont jamais voulu m'emmener à une veillée funèbre. Malgré une forte appréhension, la curiosité m'a poussé à entrer dans la chapelle mortuaire où reposait la dépouille du religieux. Et seul, les yeux grands ouverts, je contemplais longuement le mystère de ce visage au teint de cire d'où toute ride s'était effacée.
Où vont les morts? Où sont-ils donc ces hommes du temps passé, auxquels je me suis donné, qui m'ont étreints dans leur sueur, qui m'ont pris, que j'ai embrassés dans des backrooms sans les regarder, ces corps avec lesquels j'ai fait l'amour ou simplement baisé?
Et Yves Yvon, François Jambu ou Jean-François L. ? Qui peut le dire?

vendredi 14 mars 2008

Un non échange inconvenant

Mon parachutiste insistait. Elle voulait que je voie le psychologue. Je finis par accepter. Ne pas lui refuser cette politesse. Mais je n'étais aucunement convaincu que la visite du psychologue m'apporterait un mieux être, que non plus je ne voulais. Il faudra parler à un inconnu. Et que lui dire? On le manda, il vint. Il ne devait pas avoir trente ans.
-Alors qu'est-ce qui ne va pas? Vous n'avez pas le moral? Vous vous sentez déprimé?
Ridicule. D'aucuns le seraient à moins. J'ai tout simplement le sida.
-Vous savez... une séroconversion ne signifie pas.... et blablabla.
Il parle. Je n'écoute pas, ça ne m'intéresse pas.
-Il faut que je ressaisisse ma volonté....
-Ça Monsieur, c'est la méthode Coué. Et la méthode Coué, ça ne marche pas!
Je me répète. Plusieurs fois.
-Vous ne vous doutiez de rien? Vous n'aviez jamais pensé à faire un test de dépistage? Vous êtes homosexuel, vous deviez bien avoir conscience d'avoir pris des risques...
Pas du tout, j'étais de la génération plastique, rapports avec latex en Perfecto et rangeos. Le foutre c'était pas mon trip. Il y avait des capotes partout, dans les pharmacies et dans les bars. Mais c'est vrai, j'occultais les brochures de prévention et je zappais les articles qui parlaient du sida. Tout ce que je connaissais du virus, c'était le visage émacié, le regard déjà lointain et lucide de Jean Paul Aron, et La Pudeur ou L'Impudeur, un film autobiographique de Hervé Guibert diffusé le 30 janvier 1992 sur TF1.
-Mais enfin vous habitiez à Paris... vous saviez... vous ne pouviez pas ne pas être informé.
Si hélas. Paradoxalement. L'entretien devenait désagréable. Le psychologue et moi n'avions plus rien à nous dire. Je le priais sèchement de sortir.
Et je partis à la reconquête de ma claire conscience.